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Le départ de Bachar al-Assad n'est pas pour maintenant !

International
yannick roussel
 | 
Vendredi 27 juillet 2012 à 18:19:55

Entre l'extension du conflit et les affrontements confessionnels, Bachar al-Assad reste la carte maitresse de la Syrie


Bachar al-Assad n’est pas encore tombé même si sur le terrain, à Damas et à Alep, les faits peuvent laisser penser que le pouvoir vacille.

Entre l'attentat à Damas le 18 juillet et la rapide progression dans la capitale des rebelles, il y'a eu un emballement international renforcé par les rumeurs de fuite du couple présidentiel, avec la femme de Bashar al-Assad, Asma al-Assad annoncée comme déjà réfugiée en Russie.

Mais la capitale depuis reste sous contröle l'Armée syrienne gouvernementales, contre "l'Armée syrienne libre" (nom de l'armée de l'opposition). Et Bachar al-Assad est resté à son poste. Ce qui fait dire à la plupart des analystes que le conflit n'est pas terminé. «Le régime n’est pas encore totalement aux abois. Bachar al-Assad a encore de la ressource, militairement mais aussi socialement», rappelle Didier Billion, spécialiste du Moyen-Orient à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). De plus, concernant Alep, Fabrice Balanche remarque: «Le régime aura du mal à se maintenir à Alep. Les campagnes alentours sont globalement hostiles à Bachar, et la ville compte presque une moitié de quartiers "informels", peuplés de gens venus de la campagne, où les rebelles sont en territoire ami. Ensuite, contrairement à Damas, Alep est proche de la Turquie, ce qui facilite le ravitaillement de l'Armée syrienne libre. Enfin, la bourgeoisie alépine, d'abord fidèle au régime, a pris ses distances et
est aujourd'hui plus dans l'attente de voir comment les choses tournent.»

Bachar al-Assad rejetera tout départ négocié. A en croire Ayman Abdel Nour, un ancien membre du parti Baas syrien interrogé par le Monde mercredi, «il
pense qu’il a été choisi par Dieu pour conduire la Syrie. […] Il finira comme Kadhafi. Un homme choisi par Dieu ne peut pas prendre la fuite». «Il ira jusqu’au bout : soit il se fait dessouder, soit il se réfugie dans ses montagnes alaouites», résume Didier Billion.

Reste que l'hypothèse d'une Syrie coupée en trois, elle, peut à ce rythme prendre forme. D’une part, le micro-Etat alaouite constitué le long de la côte, autour de Lattaquié et Tartous, où se retrancherait cette minorité dont est issue le clan Assad. Pour Didier Billion, «tous les alaouites ne soutiennent pas Bachar comme un seul homme, mais il y a sans conteste chez les eux l’idée qu’il faudra se défendre le dos au mur le moment venu. D'où la tentation, sans qu’il soit question d’une partition formelle du pays, de se réfugier dans une sorte d’alaouitistan.» «Pour Assad, c’est un dernier recours, une assurance vie», lui fait écho Fabrice Balanche. «Mais cela ne veut pas dire qu’il renoncera à revendiquer sa légitimité sur l’ensemble du pays.». De l'autre, la zone Kurde. Comptant environ 15% de la population, ils ont toujours eu des propensions autonomistes et des groupements terroriste tel que le PKK déstabilisent depuis longtemps cette zone.
Si plusieurs dirigeants kurdes ont rejoint le Conseil national syrien (CNS), la principale coalition de l’opposition, d’autres font cavalier seul. «Ce refus de rallier le CNS montre que le problème pour eux est bien la question kurde et rien d’autre, note Didier Billion. On peut penser qu’ils ont en projet une zone kurde autonome, à la mode irakienne. Même s’ils sont bien moins organisés que ne l'étaient les Kurdes d’Irak.» De fait, le drapeau kurde flotte aujourd'hui sur les bâtiments officiels des zones kurdes syriennes, délaissées par l'armée (lire ici). «Le régime est en train de leur abandonner la région. Il crée un troisième acteur dans le dos de l’ASL, dans l’espoir qu’ils leur compliqueront la tâche», analyse aussi Fabrice Balanche. «A l'évidence, les Kurdes profitent de la désorganisation pour avancer.». Enfin, les zones tenues par les rebelles de l’ASL, s'ils venaient à prendre clairement le dessus.

Entre ces trois territoires, des lignes de démarcation fragiles, défendues par les armes. Et à l’intérieur, des fragmentations possibles.

En marge de tout cela, la crainte de ruptures communautaires se profile entre sunnites (confession de la majorité des rebelles), les alaouites (minoritaires en nombre mais qui détiennent le pouvoir), arabes et kurdes. Les massacres de Houla et Treimsa ont été interprété comme la vengeance des alaouites sur les sunnites.

Cela étant, «les lignes de fracture sont, pour l’heure, moins communautaires et confessionnelles qu’économiques et surtout politiques», nuançait dans Libération mi-juin l’anthropologue Thierry Boissière. «La révolution a donné naissance à une nouvelle génération de jeunes Syriens, de toutes origines, dont le destin est à jamais marqué par la lutte politique, mais aussi à un nouveau sentiment d’appartenance, qui transcende les identités meurtrières dans lesquelles le régime souhaite cantonner cette opposition.»

Le Conseil de sécurité de l’ONU étant bloqué par les vetos répétés de la Russie et de la Chine, la diplomatie a peu de chance d'aboutir. De plus,beaucoup de question se pose sur le CNS, critiqué pour son éloignement du terrain et suspecté d'être piloté par les Frères musulmans. Les groupuscules d'opposants à Bachar, poussé par Washington, préparent en ce moment à Berlin sur la rédaction d’une nouvelle Constitution, à l’initiative de l’Institut américain pour la paix (USIP). "Les rebelles «doivent se préparer à commencer à oeuvrer à un gouvernement intérimaire", a insisté ce mardi la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton.Pour Fabrice Balanche, «les militaires de l’ASL vont vouloir dominer l’opposition. Ils ont la force des armes, ils vont facilement dominer le CNS. Et ils vont pactiser avec la bourgeoisie sunnite.»

La Russie reste la carte maitresse de ce conflit, en médiateur, via l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitali Tchourkine, a assuré que son pays était prêt à organiser des contacts entre le pouvoir syrien et l’opposition dans le but de favoriser un «dialogue intersyrien».